Lors de la commission réseau du 11 février 2026, les représentants de l’ARS Grand Est, de l’Assurance Maladie et de la SRA Grand Est ont partagé une vision commune :

La pertinence des soins ne repose pas seulement sur l’application de recommandations de bonnes pratiques mais constitue aussi un enjeu partagé entre professionnels et usagers du système de soins, afin d’améliorer la qualité des parcours de soins.

Les échanges ont permis d’enrichir la compréhension des enjeux régionaux et d’illustrer concrètement comment les différents acteurs coopèrent pour rendre soigner au plus juste et pour continuellement s’adapter aux besoins des patients.

L’intervention de l’ARS Grand Est : structurer une politique régionale ambitieuse et cohérente

Le Dr Sylvie Fontanel et Mme Charlotte Rossé ont présenté de manière détaillée le cadre d’action régional en matière de pertinence des soins. Elles ont rappelé que cette thématique constitue aujourd’hui un pilier des politiques nationales, et qu’elle irrigue progressivement l’ensemble des domaines du système de santé.

Dans la région Grand Est, l’ARS porte avec l’Assurance Maladie cette ambition à travers l’Instance Régionale d’Amélioration de la Pertinence des Soins (IRAPS). Cette instance, créée en 2016, rassemble notamment des représentants de l’ARS, de l’Assurance Maladie, des fédérations hospitalières, des URPS, des experts médicaux et des représentants des usagers issus des associations agréées. Elle constitue un lieu d’échange et de concertation privilégié, où les orientations régionales sont discutées, ajustées et validées à partir des besoins identifiés sur le terrain.

Cette gouvernance trouve une traduction opérationnelle dans le Plan Régional Pertinence 2025‑2028. Ce plan, publié en février 2026 (accessible via la page Pertinence du site Internet de l’ARS), constitue une feuille de route structurée autour de quatre axes complémentaires : la pertinence des prescriptions (de médicaments, d’actes de biologie ou d’imagerie médicales, de transports sanitaires), la pertinence des parcours (patients à risque d’anémie, d’ostéoporose, patients atteints d’insuffisance cardiaque ou parcours après chirurgie de l’obésité), la pertinence des modes de prise en charge (Soins Médicaux et de Réadaptation et Hospitalisation A Domicile) et celle des actes et pratiques. Il s’agit ainsi d’une démarche globale qui vise aussi bien à améliorer l’usage des médicaments qu’à optimiser l’organisation territoriale des parcours, à harmoniser les pratiques chirurgicales ou encore à favoriser l’optimisation de la pertinence des examens d’imagerie médicale.

L’ARS a insisté sur la notion de gradation des actions. Certaines relèvent d’un accompagnement et d’un partage de données ; d’autres mobilisent des outils spécifiques, comme les analyses de variation des pratiques, ou les recommandations et outils de la Haute Autorité de Santé; d’autres encore peuvent aller jusqu’à la contractualisation avec les établissements ou avec les équipes territoriales pour soutenir une évolution des pratiques. Des journées régionales dédiées à la pertinence permettent également de valoriser les initiatives locales et de partager des retours d’expérience inspirants.

En toile de fond, l’ARS souligne que la pertinence ne peut pas se construire sans une vision intégrée des parcours. La nécessaire articulation entre ville, hôpital, structures médico-sociales et dispositifs d’appui représente un enjeu central. L’objectif, au-delà de la réduction des actes inutiles, est de garantir aux patients des parcours fluides, coordonnés et compréhensibles. La prise en compte de l’expérience patient figure désormais parmi les objectifs transversaux du plan, témoignant de l’évolution culturelle qui s’opère dans les établissements et sur les territoires.

Lien présentation ARS 

L’intervention de l’Assurance Maladie : éclairer les parcours par la donnée et renforcer la pertinence par l’accompagnement

Le Dr Jacques Bouguennec, médecin-conseil, a complété cette approche en apportant une vision très concrète de la manière dont l’Assurance Maladie contribue à l’amélioration de la pertinence. Sa présentation a reposé sur un exemple emblématique : le parcours de santé pour l’insuffisance cardiaque.

L’Assurance Maladie dispose, via ses bases de données de santé, d’un ensemble d’informations qui permettent d’analyser finement les parcours de prise en charge en ville, les hospitalisations, les réhospitalisations, les pratiques territoriales et les variations d’un territoire à l’autre. Cette capacité d’analyse constitue aujourd’hui un levier essentiel pour repérer les points de rupture de prise en charge dans les parcours, comprendre les zones de fragilité et objectiver les situations où les soins dispensés ou la prévention ne sont pas optimaux.

À partir des données ouvertes au public issues de data-ameli.fr, le Dr Bouguennec a montré que l’insuffisance cardiaque, maladie chronique très fréquente, se caractérise par des prises en charge souvent tardives, des décompensations évitables qui nécessitent des hospitalisations répétées et des parcours marqués par une coordination améliorable entre la ville et l’hôpital. Ces constats, identifiés dans les diagnostics territoriaux, révèlent à quel point l’organisation des parcours participent de la pertinence des prises en charge en santé.

L’Assurance Maladie intervient alors sur plusieurs niveaux : sensibilisation des professionnels de santé, partage de données territorialisées à l’échelle des CPTS, accompagnements individualisés des professionnels de santé, promotion avec l’ARS du développement d’outils numériques favorisant la coordination, à l’image du module Parceo.

Le fil conducteur de cette intervention repose sur la gestion du risque. Pour l’Assurance Maladie, la pertinence n’est pas une contrainte imposée aux professionnels, mais une démarche d’amélioration continue fondée sur la compréhension des besoins de la population et des professionnels, associée à la mise en oeuvre des recommandations de bonne pratique médicale, afin de réduire des ruptures de parcours qui exposent les patients à des pertes de chance. L’objectif est à la fois sanitaire, social et économique : garantir les meilleurs soins au meilleur coût pour tous, promouvoir la prévention, réduire les hospitalisations évitables et offrir un parcours de santé qui soit cohérent, lisible et adapté aux personnes concernées.

Lien présentation Assurance Maladie 

L’intervention de la SRA Grand Est : placer l’expérience patient au cœur de la pertinence des soins

L’intervention de Mme Anne‑Sophie Urbain, directrice de la SRA Grand Est, a ouvert une 3e porte d’entrée, essentielle et encore trop peu exploitée : celle du vécu réel des patients.

Mme Urbain a rappelé ce qu’est véritablement l’expérience patient. Cela va au-delà d’un simple avis et cela complète la notion de satisfaction car l’expérience patient prend en compte l’ensemble des interactions, émotions, perceptions et situations vécues par une personne tout au long de son parcours de santé.

L’expérience patient intègre les moments de compréhension, de confusion, de peur ou de soulagement, mais aussi tout ce qui se joue en coulisse : les transmissions entre professionnels, les délais d’attente, l’information donnée, les gestes techniques, l’attention portée aux proches, la considération, la manière dont l’environnement est perçu et cela peut aller jusqu’à l’impact sur la qualité de vie du patient: c’est une réalité complexe, riche, profondément liée au ressenti de la personne. (Attention, les PREMS par exemple sont principalement des questions fermées)

L’expérience patient c’est donc une réalité complexe, riche, profondément liée au ressenti de la personne.

La SRA a également mis en lumière combien l’expérience patient se distingue des indicateurs traditionnels en santé. Là où un indicateur de qualité mesure ce qui est fait, la manière dont il est fait ou l’efficacité clinique d’un acte, l’expérience patient révèle comment tout cela est vécu. C’est un éclairage complémentaire qui met souvent en évidence des dysfonctionnements invisibles lorsqu’on se limite aux données classiques. Un patient peut sortir d’un service avec des résultats cliniques satisfaisants, tout en ayant vécu un parcours douloureux, incompréhensible ou angoissant. À l’inverse, un soin bien expliqué, bien coordonné et mené en lien avec les attentes du patient favorise un vécu positif, une meilleure compréhension du traitement et une adhésion renforcée.

La SRA a ensuite expliqué comment elle recueille cette expérience. Les outils quantitatifs tels que les questionnaires E‑SATIS, les PREMs (expérience vécue) ou les PROMs (résultats perçus) permettent de disposer de données régulières et comparables d’un établissement à l’autre. Ils apportent une vision d’ensemble, repèrent les tendances, montrent les évolutions dans le temps et signalent les points d’alerte. Mais ces outils ne suffisent pas à saisir la finesse du vécu. Des méthodes qualitatives peuvent également être mobilisées et sont plus immersives comme la méthode Amppati, l’entretien Patient Traceur, les focus groups ou encore l’analyse des courriers (remerciements, plaintes et réclamations).

Ce sont ces méthodes qui permettent d’entendre les détails, les nuances, les émotions, et qui donnent une profondeur d’interprétation qui vont au-delà des données chiffrées et sont plus illustratives.

Au cœur de cette démarche qualitative, la SRA a longuement détaillé la méthode AMPPATI, un véritable pivot dans son action. La méthode Amppati consiste à suivre un patient sur son parcours réel, en observant pas à pas tout ce qui se déroule : le temps passé, les interlocuteurs rencontrés, les explications reçues, les moments où l’usager se sent accompagné ou ceux qui génèrent de l’incompréhension.

La force de cette méthode réside dans sa capacité à révéler des réalités très concrètes : une signalétique peu visible, une information donnée trop tard, une articulation maladroite entre deux services, une attente injustifiée, un silence là où une explication aurait été rassurante mais aussi les points forts du parcours de soins et ce qui marque positivement l’expérience du patient.

L’observation neutre et continue permet de montrer l’impact réel de l’organisation sur la personne, ce que les professionnels eux‑mêmes ne perçoivent pas toujours.

L’intervention de la SRA a également été marquée par le retour sur la campagne « Choisir avec soin ». Cette campagne, qui associe directement les représentants des usagers, montre combien l’expérience patient contribue à la pertinence des soins. Les retours recueillis ont mis en lumière que les proches ne sont pas toujours suffisamment intégrés dans le parcours, que les directives anticipées sont rarement abordées de manière complète, et que l’information sur les nouveaux traitements est parfois inégale. Ces constats montrent que la pertinence ne dépend pas seulement de la justesse de l’acte médical, mais aussi de la qualité du dialogue, de la transparence et de la capacité des équipes à inclure la personne dans les décisions.

La SRA a insisté sur un point central : la pertinence et l’expérience patient sont indissociables. Un soin pertinent est un soin expliqué, compris et accepté. Un parcours pertinent est un parcours fluide, coordonné et sensible à la réalité vécue par les personnes. Un acte pertinent est un acte choisi en tenant compte des préférences et des attentes. L’expérience patient permet alors de mieux cibler les actions à mener, de comprendre où l’organisation doit évoluer, d’anticiper les risques de ruptures, d’améliorer la communication et de renforcer la confiance entre les usagers et les professionnels.

L’expérience patient n’est pas une démarche amicale ou accessoire, mais un véritable outil stratégique d’amélioration continue. Elle donne une place centrale à la parole des personnes, non comme un témoignage isolé, mais comme une boussole qui oriente les décisions et les politiques régionales.

Lien présentation SRA 

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